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Opéra de Monte Carlo

Présentation

La vie musicale de la Principauté de Monaco ne date pas de la construction de l'Opéra de Monte-Carlo : à l'instar des autres souverains européens, les princes ont toujours entretenu une musique de cour. Ainsi, au XVIIe siècle, Antoine Ier (1661-1731), le « prince musicien », grand admirateur des fastes de Versailles, fait jouer de nombreux musiciens français à sa cour. On y entend alors des œuvres françaises, notamment de Lully, qui succèdent au répertoire italien jusque-là très en vogue sur le Rocher. Les successeurs d'Antoine Ier ne maintiendront pas ce haut degré d'exigence artistique et peu à peu la vie musicale s'étiolera. La Révolution française lui portera un coup fatal (le prince est emprisonné, le palais transformé en hôpital...).

Si les Grimaldi remontent sur le trône en 1814, il faut toutefois attendre le milieu du XIXe siècle pour assister à un véritable développement de la vie culturelle de Monaco. Devenu prince souverain en 1856, Charles III (1816-1889) assure à la principauté son essor économique en créant le nouveau quartier de Monte-Carlo, marqué par la construction du casino en 1858. Le traité qu'il signe en 1861 avec la France permet au prince d'obtenir de Napoléon III « une route carrossable de Nice à Monaco par le littoral ».

Il obtient aussi de la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée que tous les trains s'arrêtent dans les deux gares de Monaco et Monte-Carlo. La principauté participe ainsi au développement de cette Riviera où de riches estivants commencent à affluer. L'organisation des jeux est confiée à la Société des bains de mer et du cercle des étrangers à Monaco, la SBM, créée en 1863 et concédée pour cinquante ans à un homme d'affaires, François Blanc. Le succès sera fulgurant au point que, en 1873, à peine dix ans après sa création, la Société des bains de mer pourra prêter à la jeune République française près de cinq millions de francs-or pour permettre l'achèvement du palais Garnier...

Il importe alors de distraire les joueurs qui séjournent dans la principauté. Un orchestre est créé, de façon plus ou moins spontanée. Il ne s'agit d'abord que de faire danser les clients de la salle de jeu : quelques musiciens y suffisent. Peu à peu, cette formation embryonnaire s'étoffe et donne quelques concerts de « musique sérieuse ». Le succès entraîne un développement rapide de ce qui n'est encore que l'orchestre du Cercle des étrangers (il passe de quinze membres en 1862 à soixante-dix en 1874).

En 1866 est inauguré le théâtre du premier casino. L'exiguïté de la scène comme de la salle ne permet pas d'y donner des spectacles ambitieux. C'est une opérette en un acte d'Offenbach, Le 66, qui marque le modeste début de la vie lyrique monégasque le 10 décembre 1867. Pendant quelques années, le répertoire se limite à des œuvres légères : on joue des opérettes de Charles Lecocq ou Victor Massé. Après une interruption due à la guerre de 1870, les représentations reprennent en 1872. L'année suivante sont donnés les premiers opéras : Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas, Roméo et Juliette, Faust de Gounod, Don Pasquale de Donizetti... Rien de très glorieux encore, ces ouvrages sont présentés avec de sévères coupes, il s'agit plutôt de scènes choisies, « une nécessité qui trouve son excuse dans l'exiguïté de la scène, les difficultés du recrutement des choristes à cette époque de l'année, et l'heure du départ des trains » déplore le Journal de Monaco.


L'opéra se doit pourtant d'avoir une salle digne de ce nom dans la principauté, pour permettre à cette clientèle aristocratique et fortunée – qu'il importe de séduire et de retenir – de retrouver les habitudes mondaines qui sont les siennes dans les capitales européennes, et parmi lesquelles la fréquentation de l'opéra joue un rôle central.

Philippe Thanh

Extraits du livre « L'Opéra de Monte-Carlo, renaissance de la salle Garnier »
Editions Le Passage, 2005
http://www.lepassage-editions.fr